Sophisme du sophisme
Aussi appelé: argumentum ad logicam, argument par le sophisme
Conclure qu’une affirmation est fausse simplement parce qu’un argument en sa faveur était fallacieux. De mauvais arguments peuvent défendre des affirmations vraies.
Exemples
Deux colocataires débattent du dîner.
Coloc : « Tu devrais manger plus de légumes — mon horoscope le dit, et les horoscopes ne se trompent jamais. » L’autre coloc : « C’est une très mauvaise raison. Donc j’imagine que les légumes ne sont pas vraiment bons pour moi. »
L’argument de l’horoscope est franchement mauvais, mais « mange plus de légumes » ne devient pas faux pour autant. Le conseil peut rester valable pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’astrologie.
Le même raccourci se produit sans cesse en ligne :
Message : « Tu devrais dormir davantage — une célébrité que je suis dit que 8 heures de sommeil guérissent tout. » Réponse : « Ha, argument d’autorité : citer une célébrité sans la moindre expertise. J’imagine que le sommeil ne compte pas, alors. » Auteur du message : « Enfin, il y a aussi une montagne de vraies recherches là-dessus, mais d’accord. »
Repérer le sophisme dans l’argument était juste. En conclure que l’affirmation était fausse ne l’était pas — ce sont deux questions distinctes.
Pourquoi le raisonnement ne tient pas
Une affirmation et l’argument avancé pour la défendre sont deux choses différentes. Un argument peut être mal construit — hors sujet, purement émotionnel, mal sourcé — alors que la conclusion qu’il tentait d’étayer se trouve être vraie pour de tout autres raisons, meilleures. Rejeter la conclusion simplement parce que cette défense-là était faible fait l’impasse sur le vrai travail : vérifier si la conclusion tient par ses propres mérites. Identifier un sophisme vous dit qu’un argument a échoué à prouver son point ; cela ne vous dit pas que le point est faux.
C’est important pour l’usage d’un site comme celui-ci : nommer un sophisme dans le raisonnement de quelqu’un décrit comment il a argumenté, ce n’est pas réfuter ce qu’il défendait. Repérer un sophisme n’équivaut pas à gagner le débat — c’est un geste utile et honnête, mais l’affirmation sous-jacente doit encore être jugée sur ses propres preuves.
Comment répondre
- Séparez les deux questions à voix haute : « Cet argument ne tient pas, mais l’affirmation sous-jacente est-elle vraie pour d’autres raisons ? »
- Demandez une meilleure défense : « Cet argument mis à part, quelles sont les vraies preuves ? »
- Résistez à l’envie de crier victoire dès qu’un défaut apparaît — un argument bancal au service d’une chose vraie, c’est encore courant.
- Faites du repérage des sophismes un outil, pas un trophée. Le but est d’y voir plus clair sur ce qui est vrai, pas de tenir le score de qui a épinglé quoi.