Appel à l’ignorance
Aussi appelé: argumentum ad ignorantiam
Tenir une affirmation pour vraie parce qu’on n’a pas prouvé qu’elle est fausse — ou pour fausse parce qu’on n’a pas prouvé qu’elle est vraie.
Exemples
Deux voisins discutent d’une vieille maison de leur rue.
Rosa : « Je pense que cette maison est hantée. » Tom : « Pourquoi ? » Rosa : « Eh bien, personne n’a prouvé qu’elle ne l’est pas. »
Personne n’a réfuté un très grand nombre de choses — cela ne les rend pas vraies pour autant. L’absence de réfutation n’est pas la présence d’une preuve.
Le même schéma apparaît dans les débats scientifiques en ligne :
Message : « Personne n’a prouvé que ce nouveau matériau est sûr à 100 % sur le long terme, donc il est dangereux. » Réponse : « Rien n’est jamais prouvé “sûr” au sens absolu — la question est de savoir si les tests ont détecté un risque, et jusqu’ici non. »
L’absence de preuve d’une sécurité totale est traitée comme une preuve de danger, alors qu’il s’agit simplement d’un manque d’information, dans un sens comme dans l’autre.
Pourquoi le raisonnement ne tient pas
Ce sophisme traite « non prouvé faux » comme équivalent à « vrai », ou « non prouvé vrai » comme équivalent à « faux ». Dans les deux cas, on saute l’étape qui consiste à fournir des preuves, et on lui substitue l’absence de preuve contraire. Il existe pourtant une vraie nuance à préserver : quand on s’attendrait réellement à trouver des preuves si l’affirmation était vraie — des inspecteurs auraient repéré le danger, des caméras de surveillance auraient capté la scène — et qu’elles ne se matérialisent pas, cette absence peut constituer un indice significatif, et pas seulement une lacune. Le sophisme consiste à juger crédible (ou discréditée) n’importe quelle affirmation non prouvée, au lieu de se demander si la preuve manquante est du genre qu’on s’attendrait vraiment à voir.
Comment répondre
- Demandez ce qui compterait comme preuve, dans un sens ou dans l’autre : « Que devrait-on observer si c’était vrai, et quelqu’un a-t-il cherché ? »
- Nommez le vide directement : « Ne pas être réfuté, ce n’est pas la même chose qu’être démontré. »
- Vérifiez si l’absence de preuve est significative ici — une recherche approfondie qui n’a rien trouvé n’est pas la même chose que l’absence de toute recherche.
- Restez ouvert aux questions réellement non tranchées. « On ne sait pas encore » est une réponse honnête ; le sophisme consiste à forcer une affirmation non prouvée dans la case « vrai » ou « faux » au lieu de la laisser ouverte.