Appel à la nature
Aussi appelé: c’est naturel, donc c’est bon, sophisme naturaliste
Soutenir qu’une chose est bonne parce qu’elle est naturelle, ou mauvaise parce qu’elle ne l’est pas.
Exemples
À la pharmacie, une amie hésite entre deux remèdes contre le mal de tête.
Sam : « Je ne prends que celui à base de plantes. C’est naturel, pas comme ce cachet sorti d’un labo. » Léa : « L’arsenic et le venin de serpent aussi sont naturels. Et l’écorce de saule, dont s’inspire le cachet de labo, est une plante. »
Sam utilise « naturel » comme synonyme de « sûr » et « synthétique » comme synonyme de « nocif », mais aucune de ces étiquettes ne dit quoi que ce soit, à elle seule, de ce qu’une substance fait réellement dans le corps.
La même logique vend beaucoup de produits en ligne :
Publication : « Cette crème hydratante ne contient aucun ingrédient synthétique. 100 % pure et naturelle, comme les soins de la peau devraient l’être. » Réponse : « L’amanite phalloïde est 100 % naturelle elle aussi. Qu’y a-t-il dedans, au juste, et est-ce que ça marche ? »
Indiquer l’origine d’un ingrédient n’est pas la même chose que montrer qu’il est efficace ou doux pour la peau.
Pourquoi le raisonnement ne tient pas
L’appel à la nature suppose une ligne droite entre « présent dans la nature » et « bon pour vous », et entre « fabriqué par l’homme » et « mauvais pour vous ». Ni l’une ni l’autre ne tient : l’arsenic, la ciguë et les rayons UV sont tous naturels et tous dangereux ; les lunettes, les vaccins et les filtres à eau sont tous synthétiques et tous bénéfiques. Qu’une chose soit naturelle ou artificielle ne dit rien en soi de sa sécurité, de son efficacité ou de sa valeur — celles-ci dépendent de ce que la chose fait réellement, ce qui doit être vérifié séparément. La catégorie « naturel » joue ici un rôle émotionnel, en évoquant pureté et simplicité, tout en escamotant la vraie question : le produit fonctionne-t-il, et est-il sûr ?
Comment répondre
- Demandez ce que « naturel » remplace : « Naturel par rapport à quoi, et cela le rend-il vraiment plus sûr ou plus efficace ? »
- Proposez un contre-exemple facile à visualiser : « Le venin de serpent est naturel. Les lunettes ne le sont pas. L’origine n’est pas ce qui compte. »
- Ramenez à la vraie question : « Que disent les preuves sur son efficacité ? »
- Ne surcorrigez pas en supposant que le synthétique est toujours meilleur — certains remèdes naturels sont réellement efficaces et certains produits synthétiques réellement nocifs ; le point est que l’étiquette seule ne tranche rien.