Appel

Appel à la tradition

Aussi appelé: argumentum ad antiquitatem, on a toujours fait comme ça

Soutenir qu’une chose est juste ou vraie parce qu’on a toujours procédé ainsi.

Exemples

Une nouvelle recrue propose de modifier une procédure hebdomadaire.

Nadia : « Pourrait-on soumettre ces rapports via le formulaire partagé, plutôt que de les imprimer puis de les numériser ? » Chef d’équipe : « Nous remplissons ces rapports de cette façon depuis vingt ans. Si ça ne marchait pas, on aurait changé depuis longtemps. »

Vingt ans d’une procédure prouvent qu’elle n’a pas été fatale — pas qu’elle soit la meilleure option, ni même une bonne option. Personne dans cette histoire n’a réellement comparé les deux méthodes ; l’ancienneté de l’habitude porte tout l’argument.

On retrouve le même procédé dans les débats en ligne sur les usages :

Commentaire : « Pourquoi écrit-on encore les dates au format mois/jour/année ici ? La majeure partie du monde fait autrement. » Réponse : « Parce que ça s’est toujours écrit comme ça. C’est la tradition, n’y touchez pas. »

« C’est la tradition » décrit l’histoire de la pratique, mais ce n’est pas une raison de croire qu’elle vaut mieux que l’alternative.

Pourquoi le raisonnement ne tient pas

L’appel à la tradition traite l’ancienneté ou la persistance d’une pratique comme une preuve que cette pratique est correcte ou optimale. Or une pratique peut survivre pour des raisons sans aucun rapport avec sa qualité — l’inertie, l’effort qu’exigerait un changement, ou simplement le fait que personne ne l’a remise en question. La longévité montre qu’une chose était suffisamment tolérable pour ne pas être remplacée, ce qui est une affirmation bien plus faible que c’est la meilleure façon de faire. Le raisonnement échoue parce que « ancien » et « bon » sont deux questions distinctes, qui demandent des preuves distinctes — et rappeler depuis combien de temps une chose dure ne répond à aucune des deux.

Comment répondre

  • Demandez ce que la tradition remplace : « L’histoire mise à part, qu’est-ce qui fait de cette approche la meilleure pour nous aujourd’hui ? »
  • Séparez les deux questions : « Je ne dis pas que c’est mauvais parce que c’est ancien — je demande si ça fonctionne toujours mieux que l’alternative. »
  • Proposez une comparaison directe : « Pourrait-on tester le nouveau formulaire dans une seule équipe avant de décider ? »
  • Laissez la tradition départager une véritable égalité. Quand deux options se valent par ailleurs, garder la plus familière est souvent le choix raisonnable et peu coûteux — le sophisme consiste à faire de la tradition l’argument entier, pas à s’en servir pour trancher.