Présomption

Question piège

Aussi appelé: question chargée, plurium interrogationum

Poser une question qui glisse en douce une présupposition non démontrée, si bien que toute réponse directe la concède — « Avez-vous cessé de tricher ? »

Exemples

Un manager ouvre un entretien individuel par une question orientée.

Manager : « Avez-vous cessé de rater vos échéances ? »

Il n’existe pas de bonne réponse directe. « Oui » sous-entend que les échéances étaient régulièrement ratées auparavant ; « non », qu’elles le sont encore. Chaque réponse accepte une prémisse — que rater ses échéances était un schéma établi — qui n’a jamais été démontrée.

Le même procédé apparaît dans les débats en ligne, souvent déguisé en question sincère.

Commentaire : « La batterie du nouveau téléphone dure nettement plus longtemps que celle du modèle de l’an dernier. » Réponse : « Pourquoi est-ce que tu continues à trouver des excuses à une entreprise qui, de toute évidence, se moque de ses clients ? »

Répondre dans les termes de cette réplique — expliquer pourquoi on « continuerait à trouver des excuses » — concède deux choses qui n’ont jamais été établies : que c’est une habitude chez vous, et que l’entreprise se moque de ses clients. Le geste honnête est de rejeter le cadrage, pas de s’en justifier.

Pourquoi le raisonnement ne tient pas

Une question piège emballe une affirmation dans ce qui ressemble à une demande d’information neutre. Y répondre directement — choisir l’une ou l’autre « corne » du dilemme implicite — oblige à accepter la présupposition embarquée, même si elle n’a jamais été établie et peut être fausse. Le format interrogatif fait passer l’affirmation pour un acquis, ce qui lui évite l’examen qu’une affirmation directe aurait subi. C’est différent d’une question pointue mais loyale, fondée sur une présupposition que les deux parties tiennent déjà pour vraie — demander « quand corrigerez-vous le bogue trouvé hier ? » ne devient piégé que si l’existence du bogue, ou le fait que ce soit à cette personne de le corriger, n’a pas réellement été établie.

Comment répondre

  • Rejetez la prémisse au lieu de répondre à la question posée : « Cette question suppose que je rate régulièrement mes échéances — ce n’est pas le cas. Peut-on regarder les faits ? »
  • Nommez ce qui est embarqué : « Cette question contient une présupposition. Commençons par la mettre à plat. »
  • Refusez de choisir une corne. Ne répondez ni « oui » ni « non » à un cadrage que vous n’acceptez pas — répondez au cadrage lui-même.
  • Accordez le bénéfice du doute sur la formulation. Beaucoup de questions pièges ne sont que des maladresses, pas des manipulations ; un rapide « vouliez-vous dire X, ou est-ce que cela suppose Y ? » suffit souvent à clarifier.